Coût de la médecine à l’acte et au forfait : certainement pas kif-kif !
Le forfait de base des Maisons Médicales est égal au coût moyen engendré par un bénéficiaire de l’assurance obligatoire de la même catégorie. Ce forfait de base est augmenté de :
1°. 10% pour tenir compte de la charge de travail plus lourde entraînée par une patientèle généralement plus défavorisée que la moyenne.
2°. 10% pour tenir compte des économies censées être réalisées par les prestataires au forfait dans les domaines des journées d’hospitalisation, des prescriptions en biologie clinique et en imagerie médicale.
3°. 11% pour tenir compte de la non-fréquentation des soins de première ligne par une partie des assurés obligatoires ((assuré vivant à l’étranger, prisonnier).
Ils peuvent en outre facturer :
- les actes techniques
- le forfait DMG
- le forfait passeport du diabète
Voilà ce qui apparaît dans le rapport du KCE (et qui n’est qu’une transcription du rapport INAMI).
S’y ajoute un certain nombre de choses que le rapport ne dit pas :
- la tarification à l’acte d’actes de médecine préventive comme des consultations de planning familial
- un financement par la région non négligeable (de l’ordre de 25.000€ ou plus par Maison Médicale)
- des avantages accordés par des pouvoirs politiques locaux.
- une publicité faite dans des revues, bulletins, toute boîte, officiels(par les mutuelles, les syndicats, les communes, les provinces, etc…).
-
Par ailleurs, les augmentations du forfait de base ont été accordées par l’INAMI sur base d’études … réalisées par ces Maisons Médicales ….et financées par l’INAMI. Outre le forfait, en effet, les conventions entre l’INAMI et les Maisons Médicales pour la réalisation d’études sont nombreuses et sont donc aussi une source de financement.
Ces augmentations sont-elles malgré tout justifiées ?
Une patientèle plus défavorisée, si tant est que cette affirmation soit vraie, entraîne-t-elle une charge de travail plus lourde ? Rien n’est moins sûr. Ce que l’on peut constater dans les pays voisins comme l’Angleterre ou la Hollande où la médecine générale se fait à la capitation est que le temps de contact avec les patients est beaucoup plus court et que le médecin délègue plus volontiers des actes à l’infirmière, au pharmacien, … .
Les Maisons Médicales prétendent faire plus de médecine préventive mais cela leur prend-elle plus de temps ? Rien n’est moins sûr car, souvent, elles le font de manière collective en rassemblant les patients qui présentent le même risque alors que les médecins à qui on les compare font de la prévention individuelle par des conseils personnalisés qui leur prennent plus de temps.
Il est donc plus que contestable qu’elle aient une charge de travail plus importante par patients.
Font-elles donc des économies dans le domaine de l’hospitalisation, de la biologie clinique et de l’imagerie médicale qui justifient cette seconde augmentation ?
Il est paradoxal de prétendre d’une part qu’elles soignent des patients qui ont plus de besoins médicaux et que ces mêmes patients ont moins besoin de recourir à des examens et à des hospitalisations. Ici encore, les Maisons Médicales ont été chargées de l’étude.
Si la conclusion selon laquelle ces Maisons Médicales prescrivent moins d’examens et d’hospitalisations est vraie, la relation entre cette attitude et la médecine au forfait ne me paraît pas établie du tout. Il est probable qu’il s’agisse plutôt d’options politiques des Maisons Médicales. Le résultat en est qu’elles se paient avec ce qu’elles refusent aux malades. Il s’agit d’un conflit d’intérêt évident incompatible avec l’éthique médicale.
Quant à la dernière tranche de 11%, se justifie-t-elle par le fait que toute la population n’a pas recours à des soins médicaux alors que dans les Maisons Médicales, il n’y aurait que de vrais patients inscrits ? C’est franchement délirant quand on sait que de nombreux syndicalistes, mutuellistes, apparatchiks des partis s’inscrivent dans les Maisons Médicales avec toute leur famille par la seule volonté de les soutenir au moins tant qu’ils ne sont pas malades !
Par ailleurs, le rapport signale une croissance rapide de la médecine au forfait. Avec 165.000 patients inscrits pour 289 médecins après 30 ans d’existence et la publicité constante des pouvoirs publics en faveur de ce système, on pourrait plutôt parler d’échec. La population a au contraire montré clairement sa préférence pour la médecine personnalisée.
Le rapport souligne la meilleure accessibilité des Maisons Médicales parce qu’il n’y a pas de ticket modérateur. C’est ne pas tenir compte du fait que les patients sont enfermés dans le système et n’ont pas facilement accès à d’autres soins, en tout cas, par d’autres médecins généralistes même quand la Maison Médicale n’est pas disponible puisqu’ils ne peuvent être remboursés par l’INAMI.
Il est clair que le KCE a suivi la préférence politique pour la médecine au forfait et surtout les Maisons Médicales qui ont choisi une philosophie collectiviste plutôt que les principes hippocratiques.
Dr Roland LEMYE
Président
ABSyM
Télécharger : 080915coutdelamedecinealacteetauforfait.doc
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